À Mulambula, quartier discret de Bagira, l’eau ne se contente pas de serpenter entre les collines : elle produit de l’électricité. Grâce à la rivière Chula, un enseignant d’histoire a réalisé l’exploit de construire, seul, une microcentrale hydroélectrique artisanale. Un geste citoyen qui éclaire, au sens propre comme au figuré, son quartier.
David Cirhuza n’est ni ingénieur, ni entrepreneur chevronné.
Enseignant d’histoire à l’Institut Bwindi, ce père de famille nourrit depuis plusieurs années un rêve : produire localement de l’électricité, à partir des ressources naturelles qui l’entourent. Sans formation technique, il s’est lancé dans un chantier complexe, souvent en solitaire, mû par une conviction simple : « On peut reprendre le pouvoir sur l’essentiel, avec peu de moyens mais beaucoup de cœur. »
Pour concrétiser ce projet, il s’est formé de manière autodidacte : livres techniques, discussions avec des électriciens, observations de vieilles microcentrales bâties pendant la période coloniale dans le Bushi. Peu à peu, l’idée est devenue projet, puis réalité.
Comme l’on peut constater, tout commence avec la rivière Chula. Une dérivation capte une partie de son débit et l’amène vers une conduite forcée. Sous pression, l’eau est dirigée vers une turbine qui entraîne un alternateur, générant ainsi de l’électricité.
Avec une capacité de 5 kVA, la microcentrale “Belle” voit le jour en avril 2024.
« Ce n’est pas une usine industrielle, mais chaque pièce a été pensée, testée, améliorée », confie David avec fierté, dans une interview accordée au service de communication de JPT le 21 août 2025. Aujourd’hui, cette énergie alimente une dizaine de ménages, des salons de coiffure, des kiosques et des boutiques de recharge téléphonique.
Le tout, sans réseau national, sans lignes à haute tension : « L’énergie est produite ici et consommée ici. C’est de l’autonomie énergétique locale. »

Les obstacles ont pourtant été nombreux : manque de financement, pièces rares, problèmes d’entretien… Mais la persévérance et le soutien de l’ONG Justice Pour Tous, qui lui a offert un appui technique, ont permis de surmonter les épreuves. Là où beaucoup auraient abandonné, David a persévéré, convaincu que les solutions locales valent parfois mieux que les promesses venues d’en haut.
Cette microcentrale ne changera peut-être pas le monde.
Mais elle change déjà une manière de penser : celle qui dit que la transition énergétique peut naître d’une simple volonté citoyenne, dans les territoires oubliés.
À Mulambula, l’électricité n’est plus seulement une affaire d’État : elle devient une conquête populaire, artisanale, profondément humaine.
La rivière Chula continue de couler, inlassable et discrète.
Et grâce à elle, un rêve personnel devient lumière.
Pour aujourhui. Et peut-être… pour demain.
Service de communication
