La 10ᵉ édition de l’Alternative Mining Indaba (AMI-RDC 2026) s’est clôturée ce vendredi 30 octobre à Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga, après trois jours d’échanges consacrés notamment à la gouvernance du secteur minier, aux partenariats internationaux et à la valorisation des ressources naturelles de la République démocratique du Congo (RDC). Au centre des discussions : la nécessité de faire des richesses minières un véritable levier de développement économique et social pour le pays et ses populations.
Organisée du 28 au 30 octobre 2026, cette rencontre a réuni différents acteurs du secteur extractif, notamment des représentants des institutions publiques, des organisations de la société civile, des experts et d’autres parties prenantes. L’ONG Justice Pour Tous (JPT) du Sud-Kivu, a également pris part à ces assises. Elle y a été représentée par son coordonnateur, Eloge Itumba.
Les discussions ont notamment porté sur les conséquences des accords internationaux relatifs aux minerais stratégiques, particulièrement en matière de développement des infrastructures, de transport des minerais et de retombées économiques pour la RDC.
L’enjeu est de veiller à ce que les différents partenariats conclus avec les investisseurs étrangers ne se limitent pas à l’exploitation et à l’exportation des ressources naturelles, mais contribuent également à la construction des infrastructures, à la création d’emplois, au transfert de technologies et à la transformation locale des minerais.
La transparence des contrats miniers au cœur des préoccupations
Parmi les interventions ayant marqué les travaux figure celle de Jean-Jacques Kayembe, coordonnateur de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE-RDC). Celui-ci a plaidé pour la modélisation systématique de l’ensemble des contrats miniers conclus entre la RDC et ses partenaires internationaux.
Cette démarche vise à disposer d’outils de comparaison permettant d’évaluer les avantages économiques et financiers de chaque partenariat, notamment les recettes fiscales et non fiscales attendues, les investissements annoncés ainsi que les obligations des différentes parties.
Pour Jean-Jacques Kayembe, la signature d’un accord ne suffit pas à garantir les intérêts du pays. Il est indispensable d’en analyser les implications financières afin de déterminer la part réelle de la richesse minière qui revient à l’État congolais.
La modélisation des contrats devrait ainsi permettre aux autorités de mieux apprécier les conditions négociées, de renforcer leur capacité de négociation et de veiller à un partage plus équitable des revenus issus de l’exploitation des ressources naturelles.
Les retombées minières pour les communautés également questionnées
La question de la redistribution des richesses minières a également été soulevée par la députée nationale Dominique Munongo Inamizi, qui a interpellé sur les retombées des activités minières en faveur de la population congolaise.
Cette préoccupation renvoie à un défi majeur pour le secteur extractif : malgré l’importance des ressources exploitées et des partenariats conclus, les communautés vivant dans les zones minières attendent encore des améliorations significatives de leurs conditions de vie.
Dans le même sens, le troisième jour des travaux a permis de donner la parole à plusieurs provinces minières émergentes et à celles en situation de guerre, notamment le Kongo Central, le Sud-Kivu, l’Ituri, le Tanganyika et le Haut-Lomami. Souvent sous-représentées lors des précédentes éditions, ces provinces ont ainsi pu présenter leurs perceptions et recommandations concernant les accords de partenariat autour des minerais stratégiques.

Invitée par le Carter Center, dans le cadre du projet « Démocratisation de la gouvernance du secteur extractif en RDC », financé par l’Union européenne, la ministre provinciale des Mines du Haut-Lomami, Honorine Lunda, a notamment présenté les opportunités, les défis et les attentes des populations de sa province.
Elle a relevé les importantes possibilités d’investissement dans les filières des minerais 3T (étain, tantale et tungstène) et du lithium, dont les activités sont en pleine expansion. Toutefois, la province reste confrontée à plusieurs difficultés, notamment son enclavement, le déficit d’infrastructures et la faible employabilité des jeunes.
Parmi les principales attentes des populations, la ministre a évoqué l’installation effective des services techniques de l’administration des mines, le désenclavement de la province, la construction d’infrastructures, la formation des jeunes et la création d’emplois locaux.
Elle a également insisté sur le respect strict du Code minier par les opérateurs, particulièrement en ce qui concerne les obligations liées aux cahiers des charges, à la dotation minimale de 0,3 % du chiffre d’affaires pour le développement communautaire ainsi qu’à la protection de l’environnement.
Les revenus générés par l’exploitation minière devraient notamment contribuer au financement des infrastructures sociales de base, à l’amélioration de l’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux soins de santé, à l’éducation ainsi qu’au développement des activités économiques locales.
La question n’est donc pas uniquement celle des investissements réalisés dans le secteur, mais aussi celle de leur impact réel sur les populations et les territoires concernés.
Infrastructures et transport : des enjeux stratégiques pour le développement
Les accords internationaux ont par ailleurs été examinés sous l’angle de leur contribution au développement des infrastructures et au transport des minerais.
Pour un pays disposant d’importantes réserves de minerais stratégiques comme le cuivre, le cobalt et le lithium, la disponibilité des infrastructures de transport constitue un enjeu économique majeur. Le développement des routes, des voies ferrées et des corridors logistiques est essentiel pour faciliter l’acheminement des ressources minières vers les marchés et améliorer la compétitivité du secteur.
Toutefois, les investissements dans ces infrastructures devraient également profiter à l’économie nationale, en facilitant les échanges commerciaux, la mobilité des populations et le développement d’autres secteurs productifs.
L’ambition est ainsi de faire en sorte que les partenariats internationaux produisent des bénéfices qui dépassent le seul cadre de l’exploitation minière.
La société civile appelée à suivre les engagements
La participation de l’ONG Justice Pour Tous à cette rencontre s’inscrit dans le contexte des enjeux de gouvernance et de développement du secteur minier auxquels cette organisation s’intéresse dans ses interventions au Sud-Kivu.
La présence de son coordonnateur, Eloge Itumba, a permis à cette organisation de prendre part aux échanges réunissant les différentes parties prenantes autour de l’avenir du secteur extractif congolais.
Au-delà des discussions et des engagements annoncés, l’un des défis demeure leur mise en œuvre effective. La transparence dans la gestion des contrats, le suivi des investissements, la traçabilité des revenus miniers et la participation des communautés constituent autant de mécanismes nécessaires pour garantir que l’exploitation des ressources naturelles contribue réellement au développement du pays.
Cette session consacrée aux provinces minières a également permis de décentraliser le débat national et de rappeler que la gouvernance des minerais stratégiques ne peut se construire sans la participation des provinces qui abritent ces ressources.
Au terme de ces trois jours de travaux, l’Alternative Mining Indaba 2026 remet ainsi au centre du débat une question fondamentale : comment transformer les richesses minières de la RDC en avantages économiques et sociaux durables pour ses citoyens ?
Pour les organisations de la société civile et les autres acteurs engagés dans la gouvernance du secteur extractif, le suivi des engagements et l’évaluation des retombées concrètes resteront déterminants pour que les ressources naturelles congolaises profitent davantage à la population.
Service de communication
